synopsis du spectacle

Première partie : Dyoh pyakham

Procession d’ouverture

Les fêtes néwar débutent en général par de grandes processions musicalisées qui réunissent souvent des milliers de personnes. Il s'agit ici, comme au Népal, d'amener progressivement le public vers le lieu du spectacle, entendu comme un espace rituel. La procession comprend plusieurs ensembles de tambourinaires (dah baja, dhimay baja et khi baja). En cours de circuit, se joint le Lakhé, danseur masqué, figure tragi-comique incontournable des grands festivals religieux de la vallée de Katmandou.

Nasah puja et dapha mye. Rituel d’offrande à Nasahdyoh et chant dévotionnel

Prélude incontournable a toute production artistique, la soirée proprement dite débute par une dédicace musicale au dieu de la musique ainsi que par la déposition d'offrandes diverses (fleurs, fumigations d'encens, fruits, poudres colorées, etc.) en son temple.

Danse de Padmanrityesvar

Cette danse identifie son pratiquant au Seigneur de la danse Padmanrityeshvar, l’un des aspects de Nasahdyoh. Elle est accompagnée par quatre chanteurs.  Padmanrityesvar est également assimilé par les prêtres bouddhistes Vajracharya à la figure du bodisatva Avalokitesvara, le Seigneur de la compassion. Dans le contexte bouddhiste, le dieu peut prendre trois formes distinctes, manifestées par la variété du nombre de ses bras (deux, huit  ou dix-huit). Le Bouddha de médecine, Amitabha, siège au sommet de sa tête.

Khin baja

Ce duo de tambours khin, ici présenté comme intermède musical, prend appui sur d’anciennes sources manuscrites datant de la dernière période Malla (fin XVIIIe siècle). Soutenu par le jeu des cimbales sussiyah, il incorpore les éléments fondateurs de la rythmique néwar, tels qu’on les retrouve dans les chants dévotionnels, répertoire ou le tambour khin tient une place essentielle. 

Mahakali pyakham

Le corpus de danse du Mahakali pyakham se fonde sur le mythe hindou du combat entre la grande Déesse et le démon-buffle Mahisasura. On en trouve la description dans le Devi Mahatmya, un texte traditionellement rattaché au corpus du Markandeya Purana. La « célébration de la Grande Déesse », ici présentée sous une forme ramassée en une dizaine de tableaux, forme l’un des joyaux du répertoire des danses masquées néwar. Elle est exécutée chaque année aux moments forts des fêtes de l’Indra jatra (septembre), puis lors de celles du Dasain (octobre).  Afin d’en bien saisir le fil conducteur, on rappelera les grandes lignes de cette geste divine.

C’est à cet épisode central du Devi-Mahatmya, qui est, on le sait, massivement illustré dans le bronze et la pierre, que se réfère la danse masquée du Mahakali pyakham néwar. Située à la période intermédiaire entre les premiers et seconds ages du monde (satya et dwapara yuga), la danse s’articule essentiellement autour des interventions de la Déesse dans sa lutte contre les forces du Mal. De la grande épopée, les Néwars n’orchestrent que les éléments les plus saillants, comme le chaos laissé par les démons, ici manifesté par les rapides mouvements des danseurs, ou encore la remise des armes célestes à la Déesse. S’y ajoutent des épisodes inconnus de l’épopée classique, comme l’amourrachement de la Déesse elle-même pour le démon lorsque celui-ci apparaît sous les traits d’un bel adolescent. Les dieux, par le pouvoir de leurs mantras, ne tardent pas à la ramener à la raison. La relecture du mythe par les paysans néwars attribue également au dieu Vishnu la confection de la bière et de l’alccol de riz, deux éléments essentiels dans les cultes tantriques.  Il est dit qu’après s’être enivrée, Mahakali oublie son amoureux d’un instant.  Les dieux s’en réjouissent et dansent aux sons des instruments. Se saisissant de ce moment de liesse, le démon attaque à nouveau, ce qui n’a d’autre effet que de raviver la colère de la Déesse. Cet épisode marque le combat final entre les deux parties et la victoire finale de Mahakali sur Mahisa. Personnage central, la grande Déesse n’en est pas moins accompagnée par deux de ses propres émanations, Mahalaxmi, déesse de la prospérité et ici, de la justice, et Kumari, toutes deux nées de Mahakali pour l’aider dans sa lutte. Ce sont à ces dernières que reviendra la charge d’exterminer Sumbha et Nishumba, les deux acolytes du démon-Buffle.

Après une dédicace instrumentale accompagnant les offrandes de lumières et vénération des danseurs, la première danse introduit tour à tour les trois déesses; Mahakali, Mahalaxmi, et Kumari. Apparaissent ensuite les kawancha et les kyak, personnages particulièrement représentatifs de l’imaginaire néwar. Ces deux classes d’êtres, intimement associés aux terreurs nocturnes (en particulier celles des enfants), sont tantôt considérés comme des farceurs invétérés, tantôt redoutés. Il est dit que l'un de leurs jeux favoris consiste à s'appesantir sur les personnes endormies. Leurs figurations sous forme de squelette et d'amas de chairs, où comme ici, des boules de poils, rappellent l'hétérogénéité des constituants de l'organisme, répartis en parties "dures" et parties "tendres" associées respectivement aux pôles  masculins et féminins. Leurs jeux de scène, perçus localement comme des intermèdes comiques, ne sont pas dénués d’allusions érotiques. Après une nouvelle manifestation des trois déesses, s’engage progressivement le combat qui les oppose aux forces du mal, ici représentées par les danses de démons. La geste se concluera par leur mise à mort  et la victoire des déesses. 

Accompagnées par deux hautbois mohali, une paire de timbales nagara et d’un tambour paschima, les parties musicales du Mahakali pyakham dénotent de fortes connotations martiales. Les différents tableaux seront par ailleurs entrecoupés d’intermèdes musicaux, parmi lesquels une présentation du damoh khin baja, un ensemble de trois tambours surmontés de masques et identifiés au dieu Bhairava et aux déesses Mahakali et Kumari. Ils donneront l’occasion d’entendre également l’ensemble des tambours naykhin, percussions associées aux processions funéraires.

 

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